Au clair des lunes
Après mon divorce, il m’a fallu quitter. Quitter Montréal, la grande ville, son brouhaha, sa vitalité, et tous mes souvenirs. J’ai laissé derrière mon ex-mari, qui m’a bien sûre trompé avec sa jeune secrétaire, toute de silicone et de beauté plastique, mon condo urbain décoré style ancien pour faire contraste et j’y ai laissé le plus important, une partie de moi. La partie malheureuse, aigrie. Je l’ai enfoui là-bas, au cœur du Montréal froid, et je suis partie sans regarder en arrière. Seule la route défilant sous mes pneus, je regardais, le cœur et la tête remplis d’espoir et de rêves d’avenir.
J’arrivai à St-Jean-Des-Lunes tard dans la journée. J’y étais allée me perdre pendant la bataille juridique pour réclamer mon patrimoine, et j’y ai découvert une ville mystique, mystérieuse, enchanteresse. Ces chemins de campagne peuplés d’arbres centenaires, ces vieilles demeures Canadienne avec un long balcon les parcourant, ces fenêtres immenses, comme des yeux montrant l’âme de ces mêmes demeures étaient envoûtantes. Je m’y suis perdue, puis, je m’y suis trouvée, dans cette petite ville. J’ai donc décidé de venir y vivre, changer de vie quoi! Avec l’argent revenu du patrimoine, je me suis acheté une de ces somptueuses petites demeures. Vieillotte, certes, mais si vivante. Juste en y entrant, j’ai senti que cette demeure avait une vieille âme, chaleureuse, bien intentionnée. J’ai donc déménagé mes pénates dans ma vieille maison le lendemain du jugement de court, question d’en finir et de débuter ma nouvelle vie au plus vite.
Sitôt arrivée, les déménageurs avaient placés la plupart des meubles, mes antiquités, et disposé des boîtes dans les bonnes pièces. J’arrêtai mes pas dans le salon, immense, éclairé par le coucher de soleil rouge feu. Je soupirai, consciente que soudainement, mes épaules étaient plus légères. Je me rends compte que je n’ai aucune nourriture dans le frigo, qui n’est même pas branché de toute façon. Merde alors! Que vais-je manger? Je ne connais pas le coin assez. Tant pis! Je vais aller me promener, me dis-je. J’attrape mon anorak, car malgré le soleil couchant, ce début de soirée automnale est plutôt friquet.
Je sors de la maison, me dirige tout droit. J’observe les autres maisons, mes voisins, j’en aperçois quelques uns qui me regardent avec curiosité. Est-ce que cela parait à ce point que je suis une nouvelle venue dans cette ville? Bah, c’est sûrement normal. Je leur souris timidement, puis poursuis ma route. J’arrive à la rue Principale, puis je vois le magasin général, la boucherie, la poissonnerie, la boulangerie, le cordonnier et j’en passe. On dirait que je me trouve dans une ville des années cinquante! J’aime bien cette ambiance ancienne, me souvenant que mes parents habitaient la campagne durant leur jeunesse, à la toute fin de la seconde guerre mondiale. Je les imagine errer dans une ville comme celle-ci, et je poursuis mon périple en souriant, insouciante et heureuse.
Je passe plusieurs autres petits commerces puis arrive au petit resto Les Deux Lunes. Enfin! Mon ventre crie famine, pensais-je. J’entrai et vit des gens attablés, dégustant des repas dignes de ceux de grand-maman; d’énormes assiettées de pâté, de tourtière, de ragoût ou autres mets typiquement Québécois. Qu’il fait bon juste de savoir que ce resto sert ce genre de nourriture. Je prends une place au comptoir, et la serveuse accourt presque.
- Bonjour Madame, dit-elle. Comment puis-je vous servir?
Je reste surprise, croyant que les gens de la campagne parlaient…différemment, disons.
- Bonjour! Je suis nouvellement emménagée dans votre jolie petite ville, et puis bon, je ne connais pas vos spécialités… Pourriez-vous me suggérer quelque chose de réconfortant? Dis-je, en souriant timidement.
- Bien sûre ma petite dame! Bienvenue ici, dans notre humble ville! Vous avez emménagé dans la maison en haut de la côte, c’est ça? L’ancienne demeure des Gosselin? Bref… belle maison…vous avez de la chance!... Pardonnez-moi, je m’égare, revenons au menu du jour; Je vous conseille donc le ragoût de porc. Délicieux! Et c’est du porc d’élevage, nous n’importons rien, ici. Tout viens directement de notre ville, sauf… Bien… sauf vous, hahaha… Dit-elle, un sourire en coin.
La remarque me surpris, mais je me dis qu’ils ne devaient pas souvent voir des gens de Montréal emménager dans leur petit havre de paix, donc, je resta silencieuse sur ce point et mentionna que je prendrai effectivement le ragoût.
Je mangeai en observant mon nouvel entourage. Petite ville de quelques milles habitants, dispersés sur des terres ancestrales, pratiquement intouchée par d’autres que les gens qui y sont nés. La nature est ravissante, encore fleurie malgré ce mois de septembre qui entraînera l’hiver. La rivière non loin, de toute beauté sous le couché de soleil s’étirant à sa surface. Je suis bien. Enfin. Je termine donc mon repas, et quitte le resto lentement. Quelques personnes me sourient, d’autres me regardent interloquées, d’autres ne me voit simplement pas. Je retourne à la maison et entame de vider mes boîtes. J’ai fais nettoyer la maison avant d’y emménager, je n’ai donc pas à me soucier de le faire, quel bonheur!
Je cherche la bouteille de vodka que j’ai ramené d’un voyage en Russie, souvenir de mon mariage, et je me dis qu’un petit verre me rendrait plus énergique à placer mes trucs. J’en profite pour allumer la radio, question d’avoir un peu de musique ambiante. Ceci fait, je me sens d’attaque et travaille ainsi toute la nuit. Au petit matin, à l’aube, je suis sur mon grand balcon et observe le soleil se lever, criant de couleur orangée, en savourant un café. Tout va pour le mieux. Je vais faire un somme, pour me réveiller quelques heures plus tard, et j’entreprends le plan de la journée; achats et aménagement de mon bureau. Faut bien travailler, non? Je suis écrivaine de métier, et maintenant, j’écris pour le plaisir. Mon agent et ma maison d’édition me donne carte blanche pour créer, selon l’inspiration du moment, peu importe le style et la cadence à laquelle je produis mes bébés.
Après m’être douchée, je pars donc faire des achats; nourriture, nécessaire de toilette, trucs variés, bref, de tout pour meubler mes armoires vides! Je reviens et place le tout, avec joie. J’aménage rapidement mon espace de bureau, laissant la décoration à plus tard. Je me sens maintenant prête à affronter le boulot, avec cette idée qui me trotte en tête depuis mon divorce; une nouvelle traitant d’une femme qui tue la maîtresse de son mari de façon sordide et qui enterre son mari vivant avec le cadavre de sa jeune prodige. Mon agent trouve l’idée cruelle, mais délicieuse! Je me mets à l’écriture quand soudainement, j’aperçois un des voisins devant la fenêtre, regardant sans gêne vers l’intérieur. Je me lève d’un bond, me dirige vers la porte et l’ouvre avec fracas en disant, ou hurlant presque, bonjour?
Un vieil homme au teint gris et vêtu de gris est devant moi, me regarde mais ne dit mot. Je le regarde à mon tour, implorant presque une réponse, en vain. J’avance vers lui et lui tends la main, me présentant, mais il ne m’offre pas la sienne. Il recule et marmonne quelque chose qui sonne comme ''ça me la prends celle-là''. Je reste là, interdite. Il quitte mon terrain et repart vers la route en maugréant. Je n’y comprends rien, puis me dit que j’ai sûrement mal entendu sa phrase. Je retourne à mon bureau et continu la structure de mon nouveau roman. Le temps file doucement, et j’observe de la fenêtre, la vue que j’ai de la nature fantomatique d’automne qui s’offre à moi; quelle inspiration pour une écrivaine! Je décide que je mérite une pause, puis me dis qu’une petite promenade me ferait le plus grand bien.
Le soleil couchant me réchauffe pendant que l’eau de la rivière frissonne. Beau contraste. Proche d’un des quais menant aux embarcations de mes congénères, je vois un petit sentier, aménagé en pierres des champs posées aléatoirement dans la terre froide. Dommage, je n’ai pas pris mon appareil photo, me dis-je, contemplant la beauté du travail artisanal. Je m’y aventure sans retenue, la curiosité l’emportant. Le soleil se fait presque invisible où je suis rendu, étant sur le chemin peuplés d’ormes d’une grandeur quasi irréelle. Ils cachent cette précieuse chaleur et les rayons de lumière du maître du ciel, mais malgré cela, j’avance encore. Rien à l’horizon que le chemin qui gît devant moi, n’attendant que d’être suivi, et je le suis. J’arrive à une certaine jonction, là où le chemin se brise en deux. Côté droit et côté gauche. Plus rien en avant.
Il fait sombre rendu ici et je m’interroge à savoir si je dois poursuivre ce périple. Et si je me perds dans ces bois sauvages? J’hésite, mais le sens de l’aventure m’appelle, comme une bête en chasse. Je tourne à gauche. Au loin, il semble y avoir une clairière, je m’y dirige donc, excitée de voir que ce chemin de pierres mène effectivement quelque part. Doucement, les rayons chauds du soleil arrivent à traverser cette forêt dense, et la clairière est complètement illuminée d’un halo jaunâtre. Superbe, certes, mais je n’y vois rien, je suis aveuglée devant cette lumière soudaine. Mes yeux s’acclimatent, puis, au centre même de la clairière se trouve une table de pierre. Non, pas une table, un monticule. Un monticule de forme rectangulaire, environs de six pieds de longueur pour trois pieds de largeur. Dans le sol, des lanternes sur pied sont enfoncées. Je suis presque hypnotisée devant ce que je vois.
Même si je ne comprends ce en quoi consiste ce monument, ni les lanternes, ni en fait, ce à quoi cet endroit a raison d’être, milles idées percutent mon esprit d’écrivaine. Mon imagination s’emballe, de peur et d’énervement devant cette découverte sommes toutes d’apparence païenne, ou même, diabolique. Qu’en sais-je? Mais, la peur semble prendre le dessus, voyant le soleil disparaître à l’horizon. Je m’approche tout de même du monticule et observe le sol; Une boue noire et rouge l’entoure. Sûrement de la peinture, de la peinture rituelle, ou, de la poudre de brique rouge, tel que les pratiquant de Voo-Doo utilisent. Je suis subjuguée d’intérêt et de curiosité, mais je sens l’urgence de revenir à la maison. Une ambiance feutrée semble prendre place en ces lieux à la brunante, une sensation de lourdeur dans l’air abonde de plus en plus. Vite fait, je quitte les lieux sans me retourner.
De retour à la maison, j’attrape la vodka dans le congélateur et m’en verse un verre, que je bois ainsi, sans glace. La glace, elle se trouve déjà dans les sueurs froides qui perlent sur mon front et mon dos. Je m’assure de bien barrer les portes et les fenêtres, chose que je ne croyais faire en ces lieux paisibles, mais quelque chose m’y pousse. La petite voix de mon esprit effrayé, sûrement. Je me dirige vers ma chambre à coucher et ouvre le placard afin d’y prendre une veste de laine pour me couvrir. En fouillant à travers les cintres et les vêtements, j’aperçois vitement quelque chose sur le mur du côté droit du placard. Je pousse mes vêtements vers la gauche, et tente de revoir ce que j’ai vu il y a quelques secondes.
Un dessin noir, ou plutôt, un barbouillis est dessiné sur le mur. Je m’approche pour le voir de plus près, et en appuyant ma main sur le mur, le mur cède. Je tombe avec fracas, constatant bien que ce panneau n’était qu’en fait déposé sur les parois du placard. Me voici rendu, bien malgré moi, dans le ventre de ma nouvelle maison. Un grenier m’accueille, rempli de boîtes, de vieux meubles antiques recouverts par des couvertures, des objets disparates jonchant le sol de bois latté. Je suis extasiée devant cette découverte et je ne peux que constater combien la peur qui me faisait frissonner avait laissé place à une joie incommensurable. La chance de pouvoir parcourir ces objets au vécu visiblement centenaire, de sentir le passé ressurgir dans le présent ainsi est un cadeau du ciel. Tant pis pour mon roman, il attendra, me dis-je en souriant, puis je débute la découverte de l’âme de ma demeure.
Je ressors du placard et vais à la cuisine chercher une lampe de poche, mes clopes que je garde seulement en cas de bonheur immense et un cendrier. Je remonte à la hâte, puis retourne dans le grenier du placard. J’allume la lampe de poche puis fais un tour dans toute la pièce, illumine le passé quoi! Je la dépose afin qu’elle éclaire bien la pièce et me dirige aussitôt vers une énorme malle. Sur la malle, je retrouve le même dessin que sur le panneau qui m’a mené dans cet endroit secret. J’essaie de l’ouvrir, mais le loquet est muni d’une serrure, et bien sûre, je n’ai pas la clé. Un cintre! Bien sûre, avec un cintre métallique, j’arriverais peut-être à crocheter la vieille serrure! Je retourne au placard et attrape vitement le premier cintre à ma portée, je reviens vers la malle, excitée de l’ouvrir et d’y découvrir des trésors. Manœuvrer le cintre était plus facile à dire qu’à faire… Je réussis à le rendre droit, mais crochu à la fois, à la façon des anciennes serrures, puis j’entre le cintre dans le trou prévu pour la clé. J’entends des cliquetis, puis je tourne le cintre vers la droite, d’autres cliquetis, puis vers la gauche et j’entends un gros son. Je l’ai, me dis-je dans la hâte. Je soulève avec aisance la barrure et ouvre enfin la malle.
Au loin, j’entends le son de la sonnette de porte. Merde, pensais-je. Même pas le temps de voir ce qu’il y a dans la malle, je cours vers les marches de l’étage, les descends quatre à quatre, puis arrive à la porte d’entrée. Une femme est là, une vieille femme. Sont-ils tous aussi vieux les gens dans cette ville, pensais-je. J’ouvre donc la porte, réticente vu mon expérience précédente.
- Bonjour Mademoiselle… Je suis Colette, votre voisine d’à côté. Je viens vous souhaiter la bienvenue dans notre.. euhm, dans cette ville!
- Bonjour Colette..! Enchantée de vous rencontrez. Je me nomme Sophie, Sophie St-Hilaire. Dis-je, en lui tendant la main.
Elle regarde ma main comme avec dédain, puis m’observe des pieds à la tête, puis arrive à mes yeux. Elle esquisse un sourire, de toute évidence faux en tout points, donc pour briser le malaise, je lui demande si je peux faire autre chose pour elle, prétextant avoir un repas en train de cuire dans la poêle.
- Non non, ne vous en faites pas… Je voulais m’excuser de l’attitude de mon mari, un peu plus tôt dans la journée. En fait, en guise d’excuse, je vous ai apporté ceci, dit-elle en me tendant un panier rempli de fruits et légumes de saison.
Je suis touchée de l’attention, mais méfiance vu le regard qu’elle m’a lancé précédemment, le fait qu’elle n’ai pas tendue la main pour serrer la mienne, et son mari, parlons-en pas. Puis, je me dis que peut-être, mon style urbain l’intimide, qu’elle ne m’a pas tendu la main parce qu’elle tenait déjà le panier, et que finalement, son mari est un vieux fou. Réflexion faite, je me dis que je m’en fais pour rien, dans cette ville de personnes âgées, comment puis-je avoir peur? Ce serait ridicule! Je la remercie chaleureusement, puis lui offre d’entrer et de venir prendre un thé ou un café avec moi, question de retourner l’hospitalité.
- Entrer? Ici? Dans cette maison?... Euhm, je ne crois pas, non. Comprenez-moi bien, je suis touchée de l’attention, mais..ce serait trop dangereux ce soir… Puis, mon mari m’attend, vous comprenez? Dit-elle, visiblement mal à l’aise.
Dans ma maison? Trop dangereux? Bon Dieu, autant le mari que la femme sont fous! Ah puis tant pis, de toute manière, j’attends juste son départ pour aller m’enfermer dans ce grenier qui m’intrigue tant. Elle me dit donc au revoir puis quitte aussitôt, je n’ai qu’à peine le temps de répondre. Je reste tout de même sur le pas de la porte quelques minutes, à regarder le voisinage. Qu’est-ce que cette ville au juste? Étrange, les gens sont étranges… Je ferme la porte et reprends mes esprits, je cours à l’étage et retourne au grenier. Enfin, je saurai le contenu de cette malle.
Dans la pénombre de cette espace jonché de souvenirs qui ne sont pas miens, je m’approche doucement de la malle. Elle m’attire, je ne sais trop pourquoi. De tous les objets qui peuplent cette pièce abandonnée, c’est celui-ci que je veux le plus voir et toucher. Je frôle le dessus de la malle d’une main, on dirait presque qu’une vibration en émane. Bizarre d’impression qui me donne un léger frisson au bras, mais je continue cette caresse matérielle tout de même. Je ressens que la vie a touché à cette malle. La vie, mais aussi, la mort… Cette pensée me fait arrêter mon mouvement, puis je retire ma main, légèrement effrayée. Franchement, qu’est-ce qu’une vieille malle peut bien me faire, pensais-je rapidement. J’approche ma main, déterminée, lève le loquet puis ouvre le couvert de bois de la malle.
Un tissu recouvre le contenu de la malle. Un tissu de soie noire, couvert d’un motif étoilé entouré d’un cercle. Les étoiles pointent vers le bas, ce que je trouve étrange, mais je n’en fais pas de cas. Je retire lentement le tissu et découvre une panoplie d’objets hétéroclites remplissant la malle. Je n’ai pas les yeux assez grands pour tout voir, je crois! Je suis émerveillée comme une enfant devant un cadeau de Noël! Il y a des chandelles noires, des chandeliers moulés en forme de dragon, des herbes, des encens, des pierres, des cartes de tarots aux dessins ténébreux, une grande cape noire avec le même motif d’étoiles à l’envers d’imprimé dessus, des genres de couteaux à forme serpentine, des bocaux contenant je ne sais quoi, un bâton de bois avec des pierres incrustées dedans et j’en passe. Je regarde tout cet attirail et j’en suis abasourdie. À quoi cela peut bien servir? Peut-être que la personne ayant collectionné tout ces objets le faisant par intérêt seulement, pas pour les utiliser à quelque fin possible. Ou peut-être tout cela sert réellement à quelque chose.
J’étends tout cela sur le sol du grenier et illumine le tout encore plus avec la lampe de poche. Je touche à la cape, elle est douce et duveteuse. Bah, puisque cela est maintenant à moi, j’en ferai bien ce que j’en veux! Me sentant téméraire, je l’enfile sur mon corps, m’y enveloppe, et au moment où j’attache la ceinture qui consiste en une cordelette tressée de couleur or, je vois la lampe de poche qui perds de son intensité. Je la prend dans mes mains, la secoue et la tapote, mais la lumière en sortant se fait de plus en plus faible. Je sors donc du grenier, la cape encore sur le dos, et retourne à la cuisine aller chercher des batteries. Je remonte, un peu ennuyée par ces interruptions incessantes qui m’empêchent de continuer mes découvertes, puis retourne au grenier. La lampe de poche semble fonctionnelle maintenant, j’envois le rayon de lumière vers la malle encore, même si elle est vide, puis vois que le fond semble inégal. J’approche ma main du fond et pousse légèrement, j’entends un cliquetis.
C’est un deuxième fond, m’exclamais-je à haute vois. Je souleva la planche et découvrit une seconde section à la malle. Tout au fond, bien caché, se trouve un gros livre de bois, avec pleins de signes et d’étoiles gravées à sa surface poussiéreuse et rêche. À ses côtés se trouve une quantité de gros clous rouillés et tordus, un bocal avec de la terre et..et.. un crâne humain. Un crâne humain! m’écriais-je. Ça ne doit pas être un vrai, c’est impossible! Je n’ose y toucher, et dans la panique, je remets le deuxième fond en place, range tous les outils et objets que j’ai trouvé dans la malle, retire la cape de sur mon dos, la plis vitement et la range sur le dessus. Je me rends compte qu’après avoir fermer la malle, que le gros livre en bois est sur le sol. J’ai oublié de le ranger, mais quelque chose me dis que ceci est une action de mon subconscient, trop curieux. Tant pis, pensais-je. Je prends le livre, retourne dans le placard, remets le panneau de bois pressé par-dessus l’entrée qui mène au grenier, referme la porte du placard et me dirige au premier étage.
Le ciel s’est assombri dehors, la soirée débute, pluvieuse et froide. Je ferme les fenêtres et, pour une raison que je ne m’explique pas, je ferme aussi les loquets. Et moi qui croyais qu’en dehors de la ville, je ne penserais pas à cela. Seconde nature, j’imagine. Je m’installe au salon avec un thé, et entreprend de débuter la lecture de ce livre mystérieux qui semble envoûter mon esprit sans même que je ne lui touche. Je caresse la couverture et observe les signes qui y sont gravé. Je ne comprends pas ce langage, malheureusement, ni ne comprends pourquoi il y a autant d’étoiles encerclées sur ce livre lourd de secrets. Je soulève la couverture afin de poursuivre mon aventure littéraire, puis soudainement, les lumières du salon se mettent à vaciller. Je sens une brise froide me frôler le corps, entier, comme si la température avait descendue d’environs 10 degrés d’un seul coup. Je frissonne, et regarde autour de moi afin de trouver les bougies que j’avais laissée accessible justement en cas où ce genre de chose surviendrait.
Je me lève du sofa, dépose le livre sur la table à café, prends les chandelles et en allume quelques unes. Je pars au sous-sol vérifier si le panneau électrique est en bon état, tout est beau, aucun problème de fusibles. Je remonte à l’étage et retourne au salon. Je reprends le livre puis le feuillette pendant de longues heures. Je découvre des images dessinées à la main, toutes écrites dans une langue inconnue, mais qui sont toujours annotées d’images de cycles lunaires. Comme par instinct, je jette un coup d’œil dehors; la lune est pleine. Si pleine, qu’elle emplie le ciel de par sa magnificence blanche immaculée. Bizarre, pensais-je.
La soirée s’étire longuement, passionnante par mes découvertes, et me fait réalisé combien la faim me tiraille. L’électricité n’étant pas revenue, je n’ose pas ouvrir le frigo pour me prendre quelque chose à grignoter. J’opte donc pour quelques fruits que ma mystérieuse voisine est venue me porter plus tôt dans la journée, accompagnés de biscottes. Je reviens au salon, m’installe dans le sofa, me couvre d’une couverture chaude et mange en continuant de feuilleter le livre.
Ces fruits, ils goûtent si bon, si frais, je comprends que je suis réellement dans la campagne, en train de déguster des produits tu terroir. Dans ma contemplation du goût des fruits, je n’aperçois pas la lumière qui devient plus forte à l’extérieur, du moins, pas tout de suite. Un reflet de cette lumière orangée se fait voir dans le miroir qui siège devant moi, et, légèrement aveuglée, je ferme les yeux. Je les rouvre et me demande bien quel est cet éclat lumineux, puisqu’il fait nuit. J’entreprends de me lever et d’aller voir à la fenêtre qu’est-ce qui se passe. Rendue face à la fenêtre, je vois des ombres noires semblant tenir des cierges dorés dans leurs mains. Leurs corps entiers couverts d’un genre de…de cap. Exactement comme celle que j’ai trouvée dans la malle. Mon cœur s’emballe, un peu trop, je me sens étourdie.
Je reviens de peine et de misère vers le sofa et observe la pomme que j’ai laissé de côté avant de me lever; la chair est noire. Noire!? Mais, elle était blanche tout à l’heure, dis-je à haute voix. Noire…mon esprit s’embrouille. Autour de moi, le noir de la pomme, le noir de la nuit, le noir des caps des gens dehors m’entourent, m’englobent, m’envahissent. La noirceur me dévore, et je tombe inconsciente.
J’entends des voix autour de moi qui semblent parler dans une autre langue, non, ces voix, elles chantent, c’est ça! J’essaie d’ouvrir les yeux, je suis étourdie, désorientée. Où suis-je au juste? Il fait noir, le ciel est noir, c’est encore la nuit. Je suis dehors donc! Je tourne la tête et vois des cierges allumés, d’une hauteur d’au moins deux mètres chacun, placés en un large cercle autour de moi. Et moi, et moi je suis sur la table de pierres que j’ai vu au bout du chemin! Oh non! C’est bien une table de rituels! Je tremble, de plus en plus, et j’essaie de me mouvoir tout en constatant que mes mains et mes chevilles sont enchaînées à la table. Je suis prisonnière. Et sur ce constat, ces voix hypnotiques psalmodient ces mots terrifiants;
- J’appelle Mephisto, maître des ténèbres. Mephisto, Mephisto, Mephisto.
- J’appelle Belzébuth, fils de Mephisto, entends-nous, montres ta présence.
- J’appelle Bahal, Dieu des damnés. Règne sur notre rituel, possède-nous, donne-nous ton pouvoir infernal. En guise d’offrande, voici l’Étrangère. Nous te livrons l’infâme, celle qui a mis les pieds dans ce paradis se méritera les feux ardents de ton Enfer. Bahal, Bahal, Bahal, manifestes-toi sous nos yeux, matérialises-toi, maintenant!
Je panique, je ne peux croire ce que j’entends, ce que je vois, de mes yeux. Un rituel satanique? L’enfer? Les démons? Non, je ne veux pas mourir, Dieu, Dieu, écoutes-moi, hurles-je à haute voix. NON, je ne veux pas mourir!!!
Sur ces mots, qui moururent sur mes lèvres asséchées, je sentis en moi une force, immense, inouïe, me tirailler l’intérieur. Une bête, m’ingérant par en-dedans, m’égratignant, me dévorant. Bahal… il est là, pensais-je.
Sur mon front, une brûlure. Une brûlure que je vis de haut, me détachant de mon corps, comme en état d’apesanteur, une étoile entourée d’un cercle. L’étoile étant à l’envers. Le pentagramme infernal, c’était donc ça. L’enfer, à jamais sur mon être. Stigmate du mal. Ce fût ma dernière pensée, avant le trépas.

Pages : Fantastique, Horreur

